Histoire Base relationnelle
Prise du Château de ( bargème)
1579-04-23 - 0000-00-00
une lettre
du 22 novembre, adressée à M* de Vins, chevalier de l'ordre du
rot par jean batiste de pontévès
Aussi vous plaira par heure pourvoir, qu'après que vous se*
e rez en allé, que je ne demeure dépourvu de gens à suffisance
a pour garder mon château, car je demeurerais en une grande et
t extrême confusion ; et à y tenir la garde qui sera nécessaire,
i à mes dépens* cela me serait impossible, et auparavant votre
« venue, je pouvais mieux entretenir et conserver mon château
c avec six hommes, que no ferais maintenant avec trente ; car
• j'étais tenu pour neutre, et maintenant suis clairement décou*
« vert ; et cela serait me ruiner du tout, et vous plaira à ce que
« deviez y pourvoir promptement et n'attendre point d'un jour à
t l'autre, en sorte que je n'ai point occasion d'en demeurer mal
? content, et que tous autres profitent à vos entreprises et que j'y
« aie grande perte. »
Le vœu du seigneur fut aussitôt accompli; le chef des Carcistes
détacha de ses bandes trois hommes de Vins, un du Puget-The.
niers, un de Fréjus, un de St-Paul de Vence et un de Tretz, pour
former la petite garnison qui devait veiller à la conservation du
manoir ; l'un des fils de Jean Baptiste de Pontevès, Pierre de
Brovès, fut mis à la tête de ces gardes et de divers individus de
Callas, attachés à la fortune seigneuriale
en dehors de l en-
ceinle du manoir, se voyait en même temps une modeste cha-
pelle, établie sous l'invocation de St-Pierro.
Une nuit d'avril, — c'était le jeudi avant Pâques fleuries —
quelques hommes gravissaient à pas lents et sans bruit le rocher
deSt-Picrre, et s'introduisaient l'un après l'autre dans la chapelle,
dont la porte se refermait aussitôt.
C elaient Jacques Sossy, chef da groupe, Boniface Giraud, l'un
des consuls vieux de Callas, et Claude Muyssel, fils d'un autre
des consuls ; c'étaient, à leur suite, de six à sept jeunes hommes,
leurs subalternes et leurs affidés.
Le lendemain, au point du jour et sur l'heure de la diane, un
des soldats de la garnison seigneuriale, Honorât Gandil, de Callas,
demande à sortir du château comme pour aller en ville ; la porte
se refermo sur lui ; mais, à peine dehors, il demande à rentrer
pour reprendre son ceinturon et sa dague oubliés. À sa suite,
Sossy et les siens s'élancent dans le manoir. Des gardes du châ-
teau, quelques-uns restent immobiles : Antoine de Sève qui chan-
tait sur la tourrache, Michel Buylon, Luquet d'Ollivière, tous
Callassiens ; d'autres font honorablement leur devoir et résistent
vigoureusement : le sergent Etienne Gandil, Garret et Antoine
Fougeiret,de Callas, Figon qui sonnait le tambour, et Michel
Bonuet, de Vins; mais bientôt Etienne Gandil est blessé, Fougei-
ret tombe mort, et leurs camarades, cédant au nombre, se sauvent
l'un par la fenêtre, l'autre par la tourrache.
Leur capitaine, Pierre
de Ponteves, n'avait pas été le dernier à prendre la fuite parle
trou des privés où il avait attaché un linceul. Ce malheureux jeune
homme ne fut guère loin sur le chemin de Callas à Bargcmon,
quil ne fût assommé dans la terre du seigneur de Claviers, par des
habitons de ce village ou de Bargemon ; on lui creva et on lu 1
arracha les yeux avant de le tuer, et son corps fut laissé gisant
sur la voie, dans un état complet de nudité.
Au bruit du tumulte, « le seigneur s'était armé d'une escalhc
« et avait mis sa robe de pelisse par dessus ; il sortit à la salle du
« château oh élait Sossy et sa suite, les quels apercevant l'escalhc
« sur le dos du seigneur, lui dirent : ah ! tu es armé, méchant
« rebelle au roi ! et lui ruèrent une infinité de coups de bâtons
« ferrés, outre un coup de hallebarde, de sorte qu'ils le tombè-
a rent par terre, où ils le battirent étrangement : mirent le dépo-
t sant dans une fosse ou prison, séparée de son maître, ensemble
« Baltazar, le plus jeune fils du seigneur. »
Telles sont sur ces tristes événements les paroles d'un témoin
oculaire, de cet Honorât Abram, juge seigneurial de Jean- Baptiste
de Pontevès, dont la déposition judiciaire nous a déjà tant aidé
dans notre récit.
A ces détails ajoutons quelques paroles de la femme, du sei-
gneur de Poutevès :
« Qu'était le vendredi avant Pâquc fleurie, écrivait, après le
« fatal événement, Françoise d'AgouItà son fils Joseph de Pon-
« tevès, allèrent trahir le château Jacques Sossy, comme capi-
« taine, Boniface Giraud, consul vieux, etc.
« Et quand allèrent trouver Monseigneur en sa chambre,
« Sossy, Boniface Giraud et Bonaud li blessèrent Monseigneur,
< qu'ils pensèrent qu'il fût mort, et j étais à la porte de la salle
t pour garder que les autres n'entrassent ; je ouis crier et m'en
« vins à la chambre de mon dit seigneur, et mon dit seigneur eut
« fermé la porte; Jean David prit une destral et rompit la porte,
i et trouvai mon dit seigneur tout blessé, et m'ôlèrent inconti-
i nent les clefs à mon dit seigneur et moi, et prireut incontinent
« le coffre d'acier que y avait 12000 écus à Brovès, etc. Assurez-
? vous que la perte que nous ont fait en cette ville nous va de
a 1 00,000 écus, sans y comprendre la personne de Monseigneur,
« au quel l'y ont fait plus pâtir, que si fût été en main des Turcs...
Aussitôt après la prise du château, Sossy avait informé de sa
victoire le baron des Arcs Gaspard de Vilieneuve, baron des Arcs., qui s'empressa de lui remettre la garde
du manoir, en même temps qu'il fit occuper le village par les
compagnies du sieur de Haphaélis, seigneur de la Bastide, et du
capitaine Laube, de Bargemon.
« Enfin, un jour delà mi-mai, après le butinement et après
• quarante-cinq jours de détention du seigneur, les soldats man-
« dèrent quérir quatre hommes dans la ville, comme pour porter
• dans une chaise le seigneur vers sa femme, à cause qu'il avait
« été blessé au genou d'une pointe de bâton ferré, et comme il
• fut en chemin en pleine rue, sept ou huit des dits soldais de la
• suite de Sossy, qui avaient surpris le château, natifs de Callas,
« lui ôtent d'abord son chapeau, l'autre sa robe, l'autre ses sou- fiers ; puis Ton commença à lui donner un coup de dague par
• derrière, sur quoi il se leva sur les pieds, comme s'il eût voulu
• empoigner quelque chose ou s'appuyer, mais le reste des sol-
« dats lui plongèrent force coups de pointe d'épée, tellement
• qu'il tomba mort ; et les meurtriers se retirèrent au château,
« sans que aucun osât lui donner secours : car les larrons qui
« avaient surpris le château dominaient tellement la ville, qu'au-
t cun n'osait sortir, atterrés d'ailleurs par les maux qu'ils avaient
« soufferts ; les dits du château ne pouvaient être en plus grandi
« nombre que de vingt personnes, mais parce qu'ils avaient
< moyen d'en appeler plusieurs autres et faire du mal à la ville,
« aucun ne leur osait contredire, car ils ne parlaient rien moins
« que de les faire tous mourir.
Personnes
Jean-Baptiste de PONTEVÈS-BARGÈME
Lieux