Histoire Base relationnelle
Cipiéres mort à fréjus
1568-07-02 - 1568-07-03
1568 Le 1er juillet, il repassa le Yar, suivi de trente-cinq cava
liers, et s’engagea dans la forêt de l’Estérel. Il arrivait le lende
main en vue de Fréjus, quand il fut informé que les paysans
des environs lui avaient tendu une embuscade, et qu’il y allait
de sa vie et tle celle de ses compagnons s’il continuait sa
route. Sur cet avis, vrai ou faux, il tourna bride et entra dans
Fréjus pour demander protection à Gaspard de Villeneuve,
marquis des Arcs, gouverneur de la place. Il descendit de
cheval à la porte d’une hôtellerie; mais à peine avait-il mis pied
à terre, qu’un rassemblement tumultueux se forma dans la rue,
en criant : A la mort les h uguenots ! Des hommes qui parais
saient des meneurs ou des fanatiques, se répandirent en même
temps dans la ville, appelant chacun aux armes et disant : « Que
« le chef des luthériens, suivi de soldats, venoit establir le
« preschc à Fréjus ; que les édicts du roy défendoient de par-
« courir le païs en armes, et autorisoient chascun à courir sus
« à ceux qu’on trouveroit en cest esquipage. » La population
s’émut et se porta devant la maison où était Gipières, en pous
sant, des clameurs confuses et proférant des menaces terribles.
Bientôt les plus exaltés attaquèrent les portes avec des pieux et
les enfoncèrent ; la masse de la population émeutée, entraînée
par l’exemple, pénétra dans la cour et envahit les salles basses
de l’hôtellerie et l’escalier qui conduisait à l’étage supérieur,
ou s’étaient réfugiés les huguenots. Ceux-ci soutinrent un véri
table siège dans un appartement reculé, et ils étaient sur le
point de succomber, quand les consuls accoururent pour les
rotéger (1). Cipières promit de mettre bas les armes et de
sortir de la ville si on voulait lui promettre que ses compagnons
auraient la vie sauve. Ces conditions ayant été acceptées, il se
présenta, accompagné du premier consul, sur le seuil de la
maison, mais à peine avait-il fait quelques pas en avant, qu’un
homme s’avança, qui lui déchargea à bout, portant son pistolet
en pleine poitrine (2). Cet horrible assassinat fut le signal des
plus déplorables excès : la populace envahit de nouveau l’hôtel
lerie, massacra les trente-cinq religionnaires qui s’y trouvaient,
et ayant percé le cadavre de Cipières de plus de cent coups
d’épée, le traîna à travers les rues, et l’abandonna, nu et
mutilé, dans un ruisseau. La mort de Cipières, assassiné à
l’instigation, peut-être, du marquis des Arcs (3), laisse planer
sur la mémoire du comte de Tende-Sommcrive un douloureux
soupçon de complicité morale : « Quelques-uns ont cru que le
« marquis des Arcs avoit fait jouer cette sanglante tragédie
(( pour faire plaisir au comte de Tende. En effet, celui-ci ne se
( < mit pas beaucoup en peine de venger cette mort ; il n’avoit.
« garde, disent les mémoires de ce temps là, de pousser des
(( gens qui l’avoient délivré d’un compétiteur à ses biens, et
<( qui le menaçait à tout moment de faire ouvrir un testament
(( qu’il avoit de son père. Le marquis des Arcs obtint sa grâce,
(( et les habitants de Fréjus ne furent point inquiétés (1). »
La paix de Longjumeau n’avait été qu’un piège tendu aux
huguenots. La politique de la reine mère, à cette époque, était
( le constituer le duc d’Anjou chef des catholiques ; dans cette
v ue elle leur permettait tout. La persécution, disent les écri
vains protestants, coula à pleins bords, et l’édit de pacification
fut ouvertement violé.
(1) Cipières est un village de l'arrondissement de Grasse. C’était une
des terres nobles dépendant du lief de Villeneuve-Loubet, que possédait le
comte de Tende.
(1) Il n’est pas inutile de faire remarquer l’intervention généreuse des
magistrats municipaux, tous sortis du sein do la bourgeoisie, toutes les fois
que le peuple, obéissant à son fanatisme religieux, se livrait à des actes
de violence contre les personnes. Nous avons déjà eu l’occasion de consta
ter ce fait, qui donne la mesure de l’esprit, de sagesse et de modération qui
dirigeait, à cette époque, la bourgeoisie en Provence, et nous aurons peut-
être à le signaler de nouveau. Si, au lieu d’écrire l'histoire générale des
guerres de religion dans notre pays, nous écrivions l'histoire particulière
des communautés, il y en aurait bien peu dans lesquelles nous ne rencon
trerions un exemple pareil à citer.
(2) « Tl fut tué durant la paix, en entrant dans une ville de Provence,
« soubs titre de paix, et un maraud l’assassina, que j’ai vu cent fois porter
« tous les ans des limons à la royne mère. J’ay oublié son nom, ensemble
« où cela fust. » Brantôme, p. 343.
(3) De Tliou attribue au marquis des Arcs un rôle odieux dans la tragé
die de Fréjus; mais il est le seul à avoir accentué aussi violemment la
participation de ce gentilhomme à l’assassinat de Cipières. Il paraît croire
en outre que l’ordre de se défaire du chef le plus autorisé de la Réforme
en Provence était parti de la Cour : « Bien des gens crurent que cela ue
(1) Histoire de la ville et de l’église de Fréjus. Par is 1729. t. 1. p. 247.
Personnes
René de Savoie
Gaspard de VILLENEUVE
Honorat de Savoie
Lieux