Famille - Parents et enfants

Louis de Bouillac



Évêques de Fréjus - +

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imgLouis de Bouillac
- 1405
 
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Il nous reste de l'administration de Louis de Bouillac: un titre bien précieux : le Livre Rouge ou Authenticum Rubeum, dans lequel sont mentionnés les possessions, revenus et dépensés de l'évêché. Ce qui donne à ce document une valeur encore plus grande, c'est qu'il n'est que la reproduction d'un autre manuscrit beaucoup plus ancien, dont la transcription fut faite, en 1411, sur les ordres de l'évêque, par Guillaume Delphin, notaire à Draguignan.

La première partie nous fait connaître.le nombre des maisons, des terres et des autres immeubles appartenant à l'évêque dans les lieux qui relevaient de sa juridiction temporelle, ainsi que la quotité des redevances annuelles qu'il en retirait. Ces lieux étaient alors : Fréjus, le Puget, Saint - Raphaël, Villepey,Esclans, le Révest, Ràmàtuèlïè, Bagnols^ Flayosc,-Bargemon,. Favas, Fayehee, Seillans,: Bôrîgaille eï Monlauroûx. Suit la nomenclature des paroisses dans lesquelles l'évêque prélevait la dîme, savoir : lé Mùy, Draguignan (où la communauté des juifs donnait personnellement quatre livrés de cierges en cire);, Palaison, Lorgues, Callian, puybresson, Avat/e,' Séranon, Escragnollés et Ghâteauvieux. Un grand nombre; d'églises devaient seulement un cens annuel dé bléou d'orge ; c'étaien celles de : Pontevès, Gonfaron, AmphouXj Vidauban, Villevieillè, Cagnosc, Valmoyssine, Carcès, Villehaute, Gahasse, Flayosquet, -Saint-Pièrré de Miramas, Gallas, Régnier, NotreDame deSpéluque de Montfort; Saint-Martin de Chàtèaudbuble,: Favas,- la Lauzade, Saint-Pierre du Luc, Blànquefôrt, Campdumy, Cotignac, Tourtour, SainPEtienne-du-Cloclièr, Flassans, Sainte-Marie de Valbergue, Sainte-Marie d'Esclapon. D'autres donnaient une redevance en argent ou l'ajoutaient à la pension en céréales qu'elles payaient déjà. Parmi elles se trouvaient les églises du Cannet, de Grimaud, Blanquefori, Flassans, Cabasse, Cotignac^ Gàrcès, Pontevès, Siguemanne, Fox-Amphoux, Favas,' Vins et Saint-Pierre de Miramas.

Après le chapitre des revenus vient celui des dépensés. Malgré le nombre des personnages préposés à l'administration ecclésiastique ou.judiciaire du diocèse et celui des serviteurs attachés au matériel de l'évêché, les charges de la mense épiséopale étaient relativement peu considérables- On comptait au premier.rang l'official, le procureur fiscal, le clavaire et le viguier; après eux, les deux notaires de l'évêché, ceux des vicé-officialités du Freynet, de Draguignan, du Luc et de Flayosc, les avocats et les procureurs chargés de défendre les procès de l'évêque à Àix ou à Draguignan. Le service de table était fait par un bouteiller, un boulanger et un cuisinier ; enfin , les bas-offices comprenaient un gardien du moulin, un valet chargé de conduire l'âne qui portait la farine, et le bois, trois gardiens pour les porcs, deux pour les vaches; Ce personnel touchait un traitement plus ou moins élevé selon la nature de l'emploi. L'official, s'il était vicaire général, recevait cent florins et les vêtements; le procureur fiscal, les vêtements et vingt-cinq florins; le clavaire, les vêtements seuls. Quant au viguier et aux notaires, ils étaient rétribués au prorata de leurs travaux ; les baillis de Flayosc et de Fayence recevaient ponr leurs honoraires six mesures de vin et douze setiers de blé (1). Quelques églises du diocèse devaient en outre des pensions annuelles au chapitre de Fréjus : de ce nombre celle de Draguignan, dont la redevance était même assez importante pour former une prébende canonicale. C'est ainsi qu'en 1403, une transaction intervint entre Louis de Bouillac et le vicaire Jean de Seillans, pour simplifier le mode d'envoi des pensions. Il fut convenu que l'évêque les recevrait en totalité et remettrait à chacun des chanoines sa part, après avoir retenu la sienne

Indépendamment de leur palais épiscopal de Fréjus, les évoques possédaient encore des châteaux dans la plupart des lieux dont ils étaient les seigneurs temporels, notamment au Puget, à Fayence et à Saint-Raphaël. Celui du Puget s'élevait sur le monticule au pied duquel le village actuel est bâti. C'était, dit Antelmy, une véritable forteresse qui, en temps de guerre, rendit de très grands services à la contrée, car du haut de ses murailles la vue s'étend au loin sur terre et sur mer .

Louis de Bouillac était dans ce château-fort au mois d'octobre 1392, sans doute pour s'y abriter contre les attaques de Raymond deTurenne, dont les soldats parcouraient alors nos contrées. Car partout on organisait la défense contre cet aventurier. Déjà, le 15 août 1390, les Etats généraux convoqués à Aix, auxquels assista Louis de Bouillac, avaient pris des mesures pour s'opposer à ses dépradations; l'année suivante, les habitants de Callian avaient transporté les reliques de sainte Maxime à Fréjus pour les soustraire à toute profanation.

Les habitants de Saint-Raphaël voulurent eux aussi se mettre à l'abri d'un coup de main. Le 25 octobre 1392, leurs délégués vinrent prier l'évêque de placer des gardes dans la tour du château. Louis de Bouillac leur fit répondre par son vicaire général, Léonard Clément, qu'il n'était pas obligé de veiller à leur défense, que ce soin les regardait. Sans se laisser rebuter par ce refus, les habitants de Saint-Raphaël renvoyèrent sur le champ au Puget leurs délégués renouveler leurs instances auprès du prélat. Sa réponse fut la même.

Mais à son tour Louis de Bouillac dut céder devant la résistance de vassaux moins dociles. Se trouvant à Fayence en 1396, il voulut obliger les habitants à monter la garde, pendant la nuit, autour de son château. Ceux-ci de protester contre une corvée à laquelle ils ne sont pas tenus. Alors, le prélat parlemente: & Ce n'est pas, dit-il, un droit que j'exige, mais un service précieux que je demande ». A ces mots , les habitants, revenus à des dispositions plus conciliantes, promettent de faire cette garde de bonne grâce, et par pure condescendance, sans vouloir s'engager pour l'avenir

Malgré les tendances autoritaires que révèlent ces deux faits, il faut dire à la louange de Louis de Bouillac, qu'il comprit les besoins de son époque et demeura profondément dévoué aux intérêts de son pays. Nous l'avons déjà vu prendre part à la défense de la Provence en assistant aux Etats généraux de 1390; il se fit représenter à ceux qui se tinrent à Aix, le 25 avril 1401. De plus, afin de faciliter la levée des troupes destinées à combattre les rebelles et contribuer à leur entretien, il consentit à engager, pour la somme de quatre mille florins pendant cinq ans, le château et le village du Puget. Mais avant l'expiration du terme, le comte de Provence avait payé sa dette et Louis de Bouillac rentrait en jouissance de son fief

Un tel dévouement lui valut à plusieurs reprises les faveurs de son suzerain. Déjà les habitants de Fréjus avaient essayé de se soustraire à l'autorité seigneuriale'de leur évêque; ils refusaient surtout de reconnaître ses officiers de justice, et se présentaient devant le viguier et capitaine de Draguignan. Informés de ces résistances, le roi Louis II et la reine Yolande confirmèrent de nouveau à Louis de Bouillac sa juridiction temporelle sur la ville épiscopale et défendirent aux habitants comme aux juges d'en troubler l'exercice, sous peine d'une amende de cent marcs d'or (1).

Deux gentilshommes provençaux contestaient aussi à l'évêque de Fréjus certains droits de juridiction: l'un d'eux, Louis de Requislon, coseigneur de Bagnols, refusant de lui fah*e hommage; l'autre, Boniface de Soleillas, coseigneur de Seillans, ne voulant pas payer la pension féodale. Le comte dé Provence, auquel l'évêque avait porté ses doléances, lui donna chaque fois, en 1401 et 1404, pleine satisfaction